Doctrine et débats : Colloque

L’action associative avec le soutien des bénévoles

  • Brigitte Blot
    Bénévole au Refuge animalier du Pays de Landerneau
    Auteur du livre « Dicky, Meow, Max et les autres », édité au profit du refuge

Qu’est-ce que le bénévolat ?

1. Définition : Le bénévolat est l'action de la personne qui s'engage librement, sur son temps personnel, pour mener une action non rémunérée en direction d'autrui, ou au bénéfice d'une cause ou d'un intérêt collectif ». L'étymologie du mot vient du latin « benevolus » qui signifie « bonne volonté ».

2. Le bénévolat contribue à la cohésion économique et sociale, constitue une force majeure qui nourrit la société civile et renforce la solidarité. Que ce soit pour agir au service des autres, défendre des causes qui nous tiennent à cœur, ou simplement partager nos compétences, le bénévolat est une formidable opportunité de donner du sens à son temps libre.

C’est par ailleurs un véritable engagement régulier et à long terme avec ses contraintes : le bénévolat peut demander un investissement de temps significatif, ce qui peut être difficile à concilier avec d'autres impératifs personnels, familiaux ou professionnels.

3. À mon sens, le bénévolat en général, ne relève pas que du dévouement. La question à se poser, serait : « Que vais-je y chercher pour moi ? »

Se sentir utile, améliorer son image, combler un manque affectif, sortir de la solitude, trouver un réceptacle à un trop plein d’amour, soigner ses blessures… Ou peut-être un peu tout à la fois…

4. Bénévolat ou volontariat ?

En France le volontariat et le bénévolat représentent deux formes d'activité philanthropiques qui ne recouvrent pas les mêmes engagements : le bénévolat, à la différence du volontariat, n'est encadré par aucune loi. Sans statut, il ne peut être régi par un contrat, contrairement au volontariat qui bénéficie, généralement, d'une rémunération.

 

Pourquoi j’ai choisi le refuge de Landerneau

5. J’ai toujours recherché la compagnie des animaux. Jusqu’à l’âge de six ans, j’ai vécu en pleine campagne, à l’orée d’un bois. Durant mon enfance, je rêvais déjà de recueillir toutes sortes de bêtes, du renardeau à l’escargot.

6. À la quarantaine, j’ai commencé à voyager avec un âne et ce, pendant une vingtaine d’années, publiant un ouvrage à chacun de mes voyages.

7. J’ai ensuite rédigé des articles pour une revue, « Les Cahiers de l’âne », seul magazine traitant de ce sujet, mais dont la parution a cessé en 2022. Une autre forme de bénévolat au service des animaux.

8. M’éloignant peu à peu du milieu de l’âne, je suis revenue à ma passion de jeunesse : l’amour pour les chiens.

9. Le jour de la kermesse du refuge, j’ai rencontré Isabelle Demeslay et lui ai demandé comment devenir bénévole.

10. Le plus utile pour commencer est de venir promener les chiens. Ce que je fais depuis chaque semaine. Ces balades permettent aux animaux de sortir régulièrement de leurs boxes. Il est important pour eux de conserver un contact avec l’extérieur et multiplier les expériences avec différents humains.

Ensuite, j’ai accueilli quelques chiens en famille d’accueil.

 

Ma proposition de publication

11. J’avais envie de m’impliquer davantage sans trop savoir en quoi je pouvais me rendre utile, face à un maillage de bénévoles déjà conséquent. Au fur et à mesure de mes visites, j’ai commencé à m’imprégner de la vie du refuge. Quelles compétences pourrais-je exploiter afin d’apporter ma pierre à l’édifice ?

12. J’eus l’idée de mettre à profit mon expérience littéraire en écrivant un livre au bénéfice de l’association. Le projet a été accepté par l’équipe. On m’a laissé carte blanche, le contenu ayant été validé après relecture, par plusieurs responsables.

13. Il ne s’agissait pas d’éditer un ouvrage « tire-larmes » qui s’appesantirait sur le destin souvent miséreux de tous ces laissés pour compte. Ni de tomber dans une description édulcorée, gommant volontairement ce qui pourrait attrister le lecteur. À force d’observation, de paroles partagées avec les responsables de l’association, j’ai peu à peu dessiné une manière de traiter le sujet avec un maximum d’objectivité.

14. Fin juillet 2024, le livre est présenté à la presse. Le lancement officiel a lieu lors de la kermesse annuelle, le dernier dimanche d’août, pour fêter les 25 ans du refuge.

15. L’ouvrage se divise en trois parties : la première se compose d’une interview d’Isabelle Demeslay qui relate l’histoire du refuge depuis sa création.

16. Suivent une dizaine de nouvelles, histoires courtes mêlant réalité et fiction. Partant de faits avérés ou totalement imaginaires, j’avais la volonté de mettre en scène chats et chiens dont le point commun réside dans leur abandon, accidentel ou volontaire.

Car je souhaite attirer sur eux plus d’intérêt que de pitié et démontrer qu’ils peuvent, eux aussi, se montrer résilients. Ces récits ont pour but de susciter davantage d’émotion positive que de tristesse : la maltraitance envers les animaux n’est plus à démontrer.  

17. La troisième partie relate la vie du refuge, au travers de témoignages et anecdotes recueillies auprès des salariés et des bénévoles.

18. En collectant ces paroles, j’ai découvert leur engagement sans faille au service des animaux. L’élaboration de ce livre a donc été un travail collectif.

19. Un poème illustre assez bien le destin peu enviable des chiens errants :

 

LE CHIEN PELÉ

Un chien pelé, boiteux, que personne n'aimait,

Sauva un jour une petite fille

Qui se noyait.

Il fut fêté par la famille.

Tout un jour, caressé, il vécut en héros.

On lui donna du sucre, on lui donna des os...

La petite exigea que le soir, à l'étage,

Il dormît au pied de son lit.

L'enfant était choyée.

On dit : « Et s'il salit ? »

Un chien galeux sur un tapis, ce n'est pas sage...

Mais elle était au bord des larmes,

On accepta le chien

En se promettant bien

Qu'on le renverrait, passée cette alarme.

Le chien dormit comme un évêque et fit un rêve.

Une île peuplée de chats,

Dont il était le pacha.

Il cassait quelques reins, le matin, pour l'hygiène,

En se promenant sur la grève ;

Puis, il s'étendait mollement,

Tandis qu'une esclave indigène

Éduquée tout spécialement (gratter un dos est une science),

Venait le gratter en silence...

Aux repas : os en abondance...

Il choisissait nonchalamment.

Mais surtout, despotique et tendre, sur cette île,

Régnait une petite fille,

Qui le comblait de sa tendresse...

Il avait de tous temps rêvé d'une maîtresse.

Au réveil, la petite dit :

« Il a ronflé.

Je ne veux plus du sale chien, il sent la crotte! »

Le chien fut promptement chassé.

La queue basse, il fit une petite trotte,

Reniflant les odeurs charmantes du pavé.

Vers midi il revint s'enquérir du menu,

À tout hasard, l'air ingénu.

On venait justement de laver la cuisine :

La bonne l'expulsa d'un coup de pied au cul.

 

Jean Anouilh

 

 

Quels messages ?

20. Les bénévoles n’agissent pas toutes dans les mêmes domaines, mais toutes sont des ambassadrices de la cause animale. (J’ai choisi volontairement le féminin car il y a davantage de femmes qui agissent pour la protection animale).

21. Je n’ai pas de téléphone portable et je ne suis pas inscrite sur les réseaux sociaux. Je sensibilise le public à travers le livre et lors des salons et fêtes auxquelles je participe pour le présenter.

22. J’agis donc par des rencontres directes, aidée par mes chiennes qui, elles aussi, représentent leurs congénères et témoignent de leur passé de chien abandonné. Une façon authentique, à mon goût, de toucher les gens.

J’aborde par ce biais plusieurs grands thèmes.

Nos rapports avec les animaux

23. Autrefois forces de travail ou entretenus pour leur seule utilité, chats et chiens sont peu à peu devenus animaux de compagnie. Au milieu du XXe siècle, ils sont entrés dans les foyers, particulièrement en ville. Après la Seconde Guerre mondiale, des races seront sélectionnées : chiens de chasse, de berger, de garde, de combat, sans oublier les chiens de petite taille, plus adaptés à vivre à l’intérieur des maisons.

24. Avec environ soixante-quinze millions d’animaux de compagnie, la France est dans le top 3 des pays d’Europe où l’on compte le plus de chats et de chiens.

25. La recherche éthologique plus développée, les personnes qui défendent les animaux plus nombreuses et l’information largement diffusée, la maltraitance est mieux combattue. Mais il reste encore beaucoup à faire, en particulier, lutter contre deux extrêmes : d’un côté, des animaux anthropomorphisés à outrance, chéris, soignés, gâtés parfois plus que certains humains. De l’autre, un refus de les considérer comme des êtres sensibles, ayant une conscience, réduits à l’état de marchandise. Ces non prises en compte de leur nature profonde sont, à mon avis, aussi néfastes l’une que l’autre.

L’acte d’adopter

26. L’adoption est un acte louable qui doit toutefois être réfléchi. On ne choisit pas un animal seulement pour sa race ou son esthétique. Il faut tenir compte de ses besoins, de son caractère, voire de son passé. Sauver un chat ou un chien abandonné ne fera pas de lui un compagnon gentil, sans défauts et parfaitement éduqué du seul fait qu’il répond à une bonne action.

27. À l’inverse, on ne doit pas stigmatiser les animaux de refuge comme des bêtes tarées ou irrémédiablement traumatisées. Certes, pour certains le chemin est long avant de retrouver leur place auprès d’un nouveau maître, mais tôt ou tard, la rencontre se fait.

Les races à la mode

28. Si, côté chats, le Main Coon remporte tous les suffrages, le Berger Australien est actuellement le chien préféré des Français. Le phénomène de mode nuit hélas à l’ensemble des pensionnaires des refuges. Même chez les chats, les manipulations génétiques ont conduit à des races très typées.

29. Bouledogue français, Malinois, Husky, Atika Inu, Staffie, Chihuahua, Westie… la liste serait longue à répertorier ces animaux de race pour lesquels les adoptants se battraient et seraient prêts à venir les chercher au refuge depuis l’autre bout du pays, alors qu’ils ne seraient pas forcément adaptés à leur mode de vie.

30. Certaines femelles de race connaissent un sort peu enviable lorsqu’elles sont exploitées comme de véritables « usines à chiots ». On les laissera mourir de faim ou on les abandonnera quand elles auront cessé d’être rentables.

31. Il suffit que, sur les réseaux sociaux, des influenceurs mettent en scène un type d’animal pour qu’il devienne désirable. « Trop mignon ! ». Cela entraîne une pression démesurée sur la race avec tous les problèmes de trafic de chiots et surtout d’impacts sur leur santé. Les acquisitions se font sans aucune préparation du propriétaire et les animaux sont souvent sujets à l’abandon. C’est une forme de maltraitance que le bénévole peut dénoncer.

32. Prenons pour exemple le bouledogue français : comme les autres races brachycéphales, il connaît des problèmes respiratoires, oculaires, articulaires, cardiaques, de peau, ne supporte pas la chaleur et a de grosses difficultés à nager… Sans parler du coût financier dû aux soins nécessaires tout au long de sa vie. N’est-ce pas une forme de maltraitance que d’avoir transformé ces animaux au détriment de leur santé, pour répondre à des critères purement esthétiques ?

33. Si on ne peut empêcher ces dérives, le rôle du bénévole est aussi de faire prendre conscience de leurs conséquences à un large public.

Le fonctionnement d’un refuge

34. Tous les établissements ne sont pas aussi luxueux que ceux présentés dans la série « Animaux à adopter » à la télévision. Celui de Landerneau, qui peut paraître vétuste, est parfaitement tenu.

35. De l’extérieur, personne ne peut imaginer les nombreuses difficultés rencontrées par l’équipe, bénévole ou salariée. Certains cas sont si effrayants que l’on a parfois du mal à y croire. D’autres, heureusement, sont plus simples mais toujours tristes pour l’animal.

36. Certains visiteurs se plaignent sur Internet d’être mal reçus. Ils ignorent la quantité de tâches à accomplir chaque jour. Les bénévoles y participent grandement, à tous les niveaux.

Tout d’abord, l’accueil du public : le téléphone (qui sonne très souvent), les visiteurs qui souhaitent promener des chiens, ceux qui les ramènent de promenade, qui viennent faire des dons pour le refuge, ou se renseigner, pour une adoption ou un abandon…

37. Chaque jour le nettoyage des locaux occupe une bonne partie de la matinée. Ensuite, le changement de couchages, les soins pour certains chiens et la distribution de croquettes. Les sorties, très importantes, permettent de ne pas laisser les animaux enfermés toute la journée dans leur box. Ils ont un temps de liberté dans la cour pour se défouler, et les promenades à l’extérieur sont assurées par des bénévoles ou des visiteurs. Les plus sportifs bénéficient parfois de séances de canicross. Et puis, vient enfin le temps des câlins, moments très précieux, surtout pour les chiens les plus craintifs.

38. Les tâches sont bien sûr beaucoup plus nombreuses. Méritent d’être évoqués la charge administrative, les visites chez le vétérinaire, les sauvetages, la fourrière à gérer…

39. Les réseaux sociaux permettent dans le plus grand anonymat de critiquer, dénoncer, voire insulter. La recherche d’un pouvoir d’expression au parfum de scandale, le besoin de monter en épingle un fait insignifiant, au détriment de la vérité, conduisent à des dérives de langage désastreuses. Des erreurs de jugement parfois blessantes que doivent supporter le personnel et les bénévoles.

40. Ce livre aide à mieux faire comprendre le fonctionnement d’un petit refuge indépendant, en espérant que ces condamnations intempestives se fassent plus rares.

 

À tous les Kiki, les Jojo, les Mimi qui ne liront jamais ces lignes

Vous tous, animaux qui n’avez pas eu de chance et avez été ramassés au bord d’une route, sortis d’un local insalubre, ou séparés de vos maîtres par les aléas de la vie, sachez que des hommes et des femmes se battent chaque jour pour vous offrir une vie meilleure.

Bénévoles ou salariés, ils ne comptent pas leur temps ni ne ménagent leurs efforts dès l’instant où ils vous recueillent.

 Ils vous aiment sans distinction d’aspect, de race, ou d’âge.

Votre bonheur est le leur et ils pleurent quand vous disparaissez.

Leur combat quotidien contre la misère animale n’est jamais terminé et la maltraitance ne connaît guère de limites.

 Pourtant, ils sont toujours là auprès de vous, comme de modestes anges gardiens. Chacun à sa façon œuvre pour faire du refuge un lieu propre et rassurant.

Vous n’imaginez pas l’énergie qu’ils déploient, aussi bien dans les locaux qu’en Famille d’Accueil, pour vous aider à reprendre confiance en l’humain.

Vos histoires sont parfois sordides. Ils savent en repérer les stigmates et vous ramener vers la vie.

De votre côté, vous leur apportez tant.

Grâce à vous, ils incarnent une communauté solidaire dont vous êtes le catalyseur.

 

À noter :

- À partir du 14 juin 2025, le Fonds Leclerc à Landerneau propose une exposition prestigieuse « Animal !? » qui interroge sur la place de l’animal dans la société. 

- Ouvrage « Nos préjugés envers les animaux » de David Bertrand (psychologue et éthologue) éd. Humen Sciences - sorti fin 2024.

- En podcast, l’émission LSD (La Série Documentaire) sur France Culture, une série en 8 épisodes : « Vie de chien ».

 

Anagramme de « Condition animale » est « Inaction mondiale »

    RSDA 2/2025

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