Doctrine et débats

Présentation du Prix Jules Michelet, Diplôme universitaire de Droit animalier, 15e promotion – Olivia Symniacos (Septembre 2024)

  • Séverine Nadaud
    Co-responsable du D.U. de Droit animalier
    Maître de conférences HDR en droit public
    Université de Limoges

 

1. Plaider la cause animale, tel est ce qui anime quotidiennement Maître Olivia Symniacos. Lorsqu’elle s’est lancée dans des études de droit, elle ne pensait pas un jour devenir avocate. Une fois son CAPA obtenu en 2013, c’est tout d’abord dans un cabinet lyonnais spécialisé en droit des affaires qu’elle a exercé. Mais c’est la découverte du droit animalier à l’Université de Limoges en septembre 2016, où elle a suivi les enseignements du Diplôme universitaire de droit animalier, qui va marquer un tournant dans sa vie d’avocate. Dans ce cadre, Olivia Symniacos soumettra et défendra avec conviction une proposition de réforme dédiée au renforcement de la répression pénale des atteintes infligées à l’intégrité ou à la vie des animaux domestiques, apprivoisés ou tenus en captivité. L’obtention de ce DU en 2017 va ainsi la conforter dans l’idée qu’il faut désormais qu’elle dédie entièrement son activité à la défense des animaux car pour elle tous les animaux méritent la même attention que les êtres humains dans la défense de leurs droits. L’animal doit être un justiciable comme un autre. Elle fait donc un pari risqué et osé en se lançant courageusement en 2019 pour ouvrir son propre cabinet à Annecy, le cabinet Animalex. Au quotidien elle plaide ainsi la cause de tous les animaux, domestiques comme sauvages, et ce quel que soit le champ disciplinaire concerné par les litiges dans lesquels elle intervient en qualité de défenseur (droit civil, droit administratif, droit pénal, droit de l’environnement, droit fiscal, etc.). Dans un ouvrage qu’elle a co-écrit avec Valérie Peronnet (Au nom de tous les animaux, Les Arènes, 2024), Olivia Symniacos témoigne de son quotidien à travers les différentes affaires qu’elle a eu à traiter. Avocate aujourd’hui connue et reconnue en ce domaine, elle a donc remporté son pari. Les étudiants de la 15e promotion du DU de droit animalier ne pouvait donc rêver d’une meilleure marraine que celle qui avait été à leur place sept années auparavant et qui est devenue depuis une ambassadrice incontestée du droit animalier dans les prétoires.
2. La cérémonie de remise des diplômes aux étudiants de la 15e promotion du DU de droit animalier s’est déroulée le 7 juin 2025 sur le campus universitaire Robert Badinter de Brive la gaillarde. Pour débuter l’après-midi, une conférence débat sur « La Déclaration Européenne des Droits de l’Animal (DEDA) : une avancée pour la protection animale » a été animée par Jean-Pierre Marguénaud qui a retracé l’historique de la création de ce texte par un collectif de neuf juristes animés par la volonté de décliner à l’échelle du continent européen la déclaration universelle des droits de l’animal de 1978. Les 14 articles de la Déclaration européenne des droits de l’animal visent notamment à interdire les actes de cruauté ou de maltraitance, insistent sur l’importance de la préservation des animaux et sur l’importance d’éduquer à ces thématiques. Cette déclaration soutient également la nécessité d’attribuer aux animaux une personnalité juridique, leur permettant de voir leurs droits défendus en justice, ainsi que la création d’un défenseur des animaux. Cette présentation a suscité de nombreuses questions avec le public présent. A l’issue des échanges, la marraine de la promotion a remis les diplômes aux étudiants ayant réussi les épreuves venant sanctionner leur formation.
3. L’après-midi s’est enfin achevée par la remise du Prix Michelet par Jean-Pierre Marguénaud, en sa qualité de président du jury. Après avoir rappelé la composition du jury et les critères sur lesquels les candidats ont été jugés, il a également remercié la Fondation 30 millions d’amis pour le soutien apporté puisqu’elle finance chaque année le prix attribué au candidat lauréat. Les cinq propositions qui étaient en lice pour le Prix Jules Michelet avaient été présélectionnées par les responsables du diplôme, Séverine Nadaud et Emilie Chevalier, parmi l’ensemble des travaux réalisés. Les propositions soumises à examen du jury étaient donc les suivantes :
- la proposition faite par Géraldine Becker visant à délictualiser l’infraction de mauvais traitements et à créer un délit de mauvais traitement envers un animal ayant entraîné la mort sans intention de la donner,
- la proposition faite par Morgane Frappa visant à une évaluation individualisée des chiens dits dangereux,
- la proposition de réforme faite par Sarah Juillard visant à interdire l’utilisation des appelants vivants dans la pratique du piégeage des corvidés classés espèces susceptibles d’occasionner des dégâts,
- la proposition faite par Anaïs Robin visant à interdire la castration à l’élastique pour les animaux d’élevage, et
- la proposition faite par Maelle Sengel visant à relever l’âge minimal des chats pouvant faire l’objet d’une cession à titre onéreux ou gratuit.
4. Après avoir souligné la grande qualité des propositions soumises et avoir exposé le résultat des votes du jury, Jean-Pierre Marguénaud a ainsi décerné le prix Jules Michelet à la proposition de réforme formulée par Géraldine Becker. Le hasard faisant bien les choses, il faut préciser que la lauréate a exercé, tout comme sa marraine, la profession d’avocat pendant cinq années, avant de se réorienter professionnellement afin d’agir en faveur des animaux. C’est aussi le DU de droit animalier et cette proposition qui lui ont permis aujourd’hui de se faire connaitre et de s’engager depuis peu au sein d’une ONG de protection animale au sein de laquelle elle œuvre en qualité de chargée de campagne et de plaidoyer. Nous lui renouvelons nos sincères félicitations et invitons les lecteurs de la RSDA à découvrir sa proposition reproduite ci-après.

    RSDA 2/2025

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