Doctrine et débats : Colloque
Rôles, actions et problématiques spécifiques du Bénévole enquêteur contre la maltraitance animale
- Guillaume Leroy
Bénévole enquêteur
- En France, le traitement des signalements de maltraitance animale repose majoritairement sur des bénévoles, notamment à travers des associations très diverses, mais aussi par des actions plus personnelles. Lors de mon expérience de plusieurs années, débutée par des actions personnelles autour de chez moi, puis par un engagement pour deux grandes associations nationales, j'ai été confronté à de nombreuses problématiques, vécu des choses positives comme sortir des animaux de situations de souffrance, mais aussi beaucoup de profondes déconvenues liées au fonctionnement de ces grandes associations, à leur relationnel avec les bénévoles ou tout simplement aux difficultés de relations inter bénévoles. Les difficultés ne viennent pas des animaux mais des humains qui sont censés leur rendre service et les aider. Il y a clairement de nombreux et graves dysfonctionnements dans les grandes associations où j'ai pu « travailler » et cela est réellement préjudiciable aux animaux. Je vous propose de vous faire partager mes réflexions issues de ces expériences.
- La première problématique réside dans le signalement. En effet, quand une personne est confrontée à un cas de maltraitance animale, elle peut être perdue et ne pas savoir à qui s'adresser. Elle peut se tourner vers une seule association (la plus connue en général), qui ne va pas forcément agir de par sa politique ou selon les décisions de ses responsables, mais aussi par manque de bénévoles disponibles pour traiter ces signalements dans le secteur demandé.
- À mon avis, il y a un réel défaut de communication de la part des associations, ce qui fait que de grandes parties du territoire ne sont pas couvertes par des bénévoles enquêteurs. De ce fait, de nombreux signalements ne sont pas pris en compte.
- Les personnes ayant effectué le signalement se trouvent alors désemparées et pensent que leur démarche est inutile. Elles finissent par renoncer et la situation n'est pas traitée. Certaines, plus persévérantes, voyant que rien ne se passe, contactent plusieurs associations ou alertent les forces de l'ordre mais, là encore, il peut encore se passer un certain temps avant que quelqu’un n’intervienne.
- Le rôle de bénévole enquêteur est peu connu. De plus, il est difficile, demande une grande disponibilité si l’on veut être réactif, il est donc très chronophage. Son engagement peut faire peur et nécessite formation et expérience.
- À noter par ailleurs que certaines associations ne font pas toujours preuve de bienveillance envers leurs bénévoles. On leur demande de ne commettre aucune erreur, d’éviter de mettre en cause la réputation de l'association, de ne pas entrer dans une propriété privée, de ne pas se mettre en danger, d'être gentil avec les salariés, de connaître certaines procédures juridiques (dépôts de plainte, réquisition, cession...).
- Les bénévoles se rendent sur le terrain seulement après avoir reçu un signalement. Ils se présentent chez les personnes mises en cause et leur demandent de voir le ou les animaux. Les propriétaires peuvent refuser de les faire entrer ou de leur présenter l'animal, être agressives (nécessité d'être accompagné par les forces de l'ordre), être absents... Il faut donc y retourner souvent, ce qui implique une proximité géographique et une grande disponibilité. Pour mener une opération de façon efficace, un vaste réseau de bénévoles est indispensable.
- Une bonne communication est primordiale afin de ne pas braquer les personnes mises en cause lors des premiers échanges. Nous éviterons de prononcer le mot « contrôle », d’être dans le jugement afin d’atteindre notre but, à savoir, voir les animaux, puis entamer un dialogue avec les propriétaires, les invitant à changer leurs pratiques maltraitantes ou à céder leur animal. Si le premier échange a pu être constructif, nous devons y retourner au moins une deuxième fois.
- Entre-temps, nous sommes censés faire un compte-rendu envoyé par mail à l'association, parfois au service juridique ainsi qu'aux forces de l'ordre.
- Si l'animal ne peut pas être laissé au domicile, il faut que son propriétaire accepte de procéder à une cession, avec signature d'un document officiel de l'association ou du refuge qui va l'accueillir, accompagné de la photocopie de sa carte d'identité.
- S’il refuse et que l’animal est visiblement en danger, il faut alors entamer une procédure de réquisition qui n'est pas toujours facile à obtenir car elle nécessite l'autorisation du parquet.
- Par ailleurs, un animal en réquisition va obligatoirement rester en refuge et ne pourra pas être adopté tant que le jugement n'aura pas eu lieu. Raison pour laquelle de nombreuses associations, même les plus réputées, refusent de prendre en charge ce genre d’animal car sa présence monopolise une place sur le long terme, ne permettant pas d’accueillir d’autres pensionnaires en difficulté. Comme chacun sait, les associations sont soumises à des demandes très importantes d'abandons par le grand public (choix irréfléchi, animal mal adapté à son mode de vie, séparation, mutation professionnelle, maladie, décès du propriétaire...). Un refuge, par exemple, arrive parfois à enregistrer 70 demandes d'abandon sur liste d'attente.
- Cela a donc des conséquences graves sur les animaux maltraités qui sont alors laissés chez leur maltraitant, sur ordre de l'association ou non réponse à la demande de placement du bénévole. Ce qui entraine pour ce dernier une terrible frustration et du stress.
- Si un réseau dense de bénévoles motivés et disponibles est nécessaire, en un second temps, un maillage de refuges et de lieux où placer les animaux sortis de leur situation de maltraitance doit pouvoir prendre le relais. À noter qu’il existe une multitude de prises en charge possibles car outre les chiens et les chats, apparaissent sur la liste des animaux maltraités beaucoup de NAC (lapins, petits rongeurs, oiseaux, reptiles…) mais aussi des animaux de ferme (moutons, poules, chèvres…) pour lesquels il faut des structures ou familles d'accueil adaptées.
- Dans les grandes associations, le bénévole enquêteur est parfois confronté à des supérieurs hiérarchiques salariés qui, par volonté excessive du respect des lois mais complètement déconnectés du terrain, entravent sa mission déjà très compliquée. Il est par exemple indispensable de détenir le permis TAV (Transport d'Animaux Vivants) pour transporter un animal à la suite d’un retrait. Une façon de demander à des bénévoles de devenir quasiment des professionnels qui ne pourraient plus transporter les animaux dans leur voiture personnelle.
- Une autre problématique du statut de bénévole enquêteur réside dans le fait qu’il n'a aucune obligation autre que morale de se rendre disponible rapidement pour le signalement reçu. Il peut s'arrêter quand et aussi longtemps qu'il le veut, peut choisir de ne pas se rendre sur un signalement qu'il jugera trop dangereux, peut partir en vacances pendant 6 mois sans être remplacé. Il sera néanmoins considéré comme bénévole tant qu’il se contentera de ce fonctionnement. En revanche, un bénévole enquêteur très motivé va plutôt gêner car il voudra mener trop d’actions, sortir trop d'animaux de leurs conditions maltraitantes, quitte à ne pas respecter à la lettre toutes les procédures de l'association et se fera alors remercier, sans que cela ne pose de problème aux responsables, même s’ils n'ont personne pour le remplacer.
- Un dernier point important à signaler : la collaboration avec les forces de l'ordre. En effet, sans eux, nous n’avons que très peu de pouvoir. Si les personnes visitées refusent de nous faire entrer, ne veulent pas nous écouter, nous montrer l'animal ou le céder alors qu'il est manifestement délaissé, nous sommes contraints de repartir et d’en rester là. Un contact positif avec les forces de l'ordre qui répondent toujours favorablement à nos demandes d'accompagnement, ainsi qu’une persévérance à toute épreuve, sont les gages d’un sauvetage réussi. Ainsi, je collabore depuis plus d'un an avec la police de Brest et nous organisons des demi-journées ou journées pour nous rendre ensemble autant sur des signalements qu'ils ont reçus que sur les problématiques que j'ai eus à traiter. Un partenariat très efficace qui nous a permis de sortir plusieurs animaux d'une situation de maltraitance importante, ce qui, sans eux, aurait été impossible.
- Ma conviction est que le travail de bénévole enquêteur affecté aux signalements doit absolument se professionnaliser afin que les situations soient réellement traitées de façon équitable et sérieuse sur le territoire, sans plus dépendre de la présence aléatoire et de la motivation d'un bénévole. Même si les résultats sont souvent satisfaisants, le bénévole a trop peu de pouvoir pour faire respecter la loi et n’est pas assez craint par les mis en cause.
- En attendant cette professionnalisation, il faut absolument que les associations ou que le gouvernement communiquent sur ce bénévolat d'enquêteur et cette nécessité de créer un maillage complet du territoire, avec des bénévoles sérieux, formés, disponibles et bienveillants entre eux.
- À retenir : pour traiter tous les signalements, il faudrait en France un bénévole par village. De par mon expérience depuis dix ans, je peux affirmer que, dans chaque village, même le plus petit, il existe au moins un cas de maltraitance !
- Il est également important de continuer à encourager l'ouverture de refuges car persiste un « cruel » manque de places. Cet adjectif me semble tout à fait approprié lorsque les animaux sont laissés dans la souffrance faute de pouvoir les placer, même si dans les cas les plus graves, des refuges acceptent de se retrouver en surnombre. La situation s’avère plus compliquée pour certains chiens réputés dangereux ou difficiles à adopter, ainsi que pour ceux sous réquisition, non adoptables car en attente de jugement.
- Pour endiguer ce phénomène massif de maltraitance (pas forcément volontaire mais parfois aussi par méconnaissance, surtout pour les petits animaux du type NAC), il est indispensable que la vente cesse dans les animaleries. Peu de vétérinaires spécialisés pourront prendre en charge les petits animaux de type NAC s’ils sont malades. Ce qui arrive assez souvent car leurs conditions de vie ne correspondent généralement pas à leurs besoins (cages, alimentation inadaptée et pourtant en vente soi-disant pour eux). Il est difficile de trouver un vétérinaire NAC à proximité de son domicile et le transport d’un poisson ou d’un oiseau peut être long. Sans compter que la consultation vétérinaire étant souvent plus coûteuse que l'achat d'un nouvel animal, cela pose un problème éthique.
- Il m’est difficile de conclure car il y aurait encore tant à dire. Pour moi, seule une révolution dans la prise en compte de la maltraitance animale domestique, depuis sa source jusqu’à sa prise en charge sur le terrain, endiguerait réellement ce désastre.
- Le numéro 3677, par exemple, présenté comme une avancée, se voit l'équivalent du 115 pour les sans-abris. Ce dispositif s’avère peu efficace quand les appels ne peuvent être traités par manque de bénévoles. C’est laisser espérer une intervention alors que l’on ne peut assurer ni quand, ni comment, elle aura lieu, parfois même si une suite lui sera donnée. Souvent, des semaines plus tard, un signalement peut me revenir via le refuge de Landerneau.
- J'aimerais que ce témoignage conduise à une réflexion commune afin que ces éléments puissent davantage être connus et que les maltraitances animales soient enfin correctement prises en compte.
