"La tortue avocate des animaux" et "La cause animale"
- Emeline Doré
Docteure en droit privé
La tortue avocate des animaux. Dragana Vucic Dekic & Ágnès Szucher. Éditions Evalou. 18 €. Sortie le 22 avril 2026. 52 pages.
La cause animale. Alexia Renard. Editions Ecosociété. 14 €. Sortie en novembre 2023. 128 pages.
A celles et ceux qui souhaiteraient sortir de leur zone de confort littéraire – si tant est que l’on puisse qualifier de telle la lecture d’œuvres académiques en droit des animaux – je désire proposer la lecture de deux ouvrages dont la cible éditoriale est toute autre que celle habituelle mais qui ne sont pas pour autant moins instructifs et intéressants à lire. Edités par des maisons d’éditions engagées, ils sont destinés à la jeunesse – du jeune enfant à l’adolescent - et à sensibiliser ce public toutefois exigeant.
Touchant, voire poignant, la première de ces œuvres n’est autre que La tortue avocate des animaux que je ne saurai trop vous recommander.
Un graphisme simple mais efficace, particulièrement attendrissant, sert un propos non moins émouvant.
Les discours des différents animaux devant le tribunal rêvé par notre petite tortue révèlent les multiples utilisations abusives qui sont faites de ceux-ci. Ces animaux, tant sauvages que domestiques, soulignent ainsi quelques problématiques abordées lorsqu’est évoqué la question de la cause animale et, évidemment, le droit ayant trait à l’animal non humain. Y sont ainsi mis en exergue la captivité par le biais des parcs zoologiques et autres établissements, la séparation mère-petit, l’utilisation des produits animaux dans l’industrie du luxe et autre, l’utilisation de l’animal dans l’industrie alimentaire.
Si les animaux prennent la parole dans ce rêve « de justice », diverses personnalités le font également, à l’instar d’Albert Einstein, et montrent que l’humain peut aussi être l’ami de l’animal, pas uniquement son bourreau. Ces personnes débutent l’instauration de l’espoir pour l’animal.
Sans faire l’objet de définitions, les notions de justice et de sensibilité ont pour le moins le mérite d’être évoquées au sein de l’ouvrage. Au cœur des réflexions relatives à la cause animale, il est particulièrement intéressant qu’elles soient ici mentionnées à plusieurs reprises, de sorte que l’enfant puisse questionner l’adulte accompagnateur-lecteur sur la signification de ces notions si importantes.
Il s’agit d’un ouvrage de sensibilisation qui fera ainsi réfléchir tout jeune enfant lors de la lecture de son livre par un parent. Aussi beau que porteur de messages nécessaires et marquants pour la construction de la psyché in fine de tout être, il nous semble être une œuvre dont la lecture devrait être recommandée à tous, y compris adulte rien que pour le plaisir des yeux. Sa lecture au sein des établissements scolaires pourrait également être intéressante.
Le second ouvrage venant compléter cette présentation à destination des plus jeunes – et évidemment des adultes souhaitant ouvrir leurs horizons de lecteurs – appartient à la collection RADAR de la maison d’éditions Ecosociété. Tel qu’indiqué sur leur site internet, cette collection est « Une collection à destination des adolescent·es et des jeunes adultes, pour naviguer en cette ère de bouleversements climatiques et sociaux. Pour bâtir un monde habitable où s’épanouir. ». Chacun des essais publiés au sein de cette collection « explorent un sujet et débusquent les idées reçues » y ayant trait.
En l’occurrence, l’essai intitulé La cause animale a pour objet de sensibiliser évidemment à la cause animale mais en adoptant un point de vue davantage centré sur l’action engagée en faveur des animaux non humains.
A l’instar du premier ouvrage présenté ci-dessus, la charte graphique pensée pour cet essai sert particulièrement bien le texte. Schémas, exemples mis en exergue au travers d’encadrés dédiés, mise en avant de mots ou paragraphes particuliers et autres jalonnent le texte tout au long de l’ouvrage. Ils permettent d’insister sur l’importance de certaines notions et autres concepts ou éléments clés qu’il est difficilement possible de mettre de côté lorsqu’est souhaité une découverte de ce que représente « la cause animale » aujourd’hui, ce que ce sujet implique comme réflexions diverses.
L’essai se compose de 5 chapitres.
Le premier de ceux-ci est dédié à la cause animale en tant que « mouvement social »1. Y est notamment fait le lien entre l’engagement pour l’amélioration de la condition animale et d’autres causes, parmi lesquelles certaines furent particulièrement mises en exergue ces dernières années par les personnes à titre individuel ainsi que les médias. Il en est ainsi notamment du féminisme. Mouvement majeur du XXème siècle avec un retour marqué par « METOO » en 2017, le parallélisme souligné par l’autrice entre la cause féministe et celle animale est fondé sur la constatation que les individus concernés par celles-ci ont cela en commun qu’ils se retrouvent pensés comme réifiés et placés dans une position de domination exercée par autrui.
Le second chapitre concerne les raisons pour lesquelles il pourrait paraitre justifié de s’intéresser aux animaux en tant, finalement, que patient moral. C’est ainsi que ce second chapitre s’ouvre sur une nouvelle thématique pour le lecteur qu’est la discipline de l’éthique animale. Etroitement liée au droit des animaux, il paraissait nécessaire que Alexia RENARD lui consacre un développement suffisamment conséquent. Pour démontrer que l’intérêt porté à l’être animal est alors effectivement justifié et que la cause animale constitue ainsi un sujet en soi, l’autrice évoque ce qu’est la sensibilité animale au travers des notions si importantes que sont la conscience, la sentience, le spécisme ou encore celle de « sujet d’une vie » développée par Tom REGAN. En expliquant au jeune lecteur ces notions et en mentionnant l’œuvre de Tom REGAN, majeure lorsque l’on souhaite développer sa réflexion personnelle sur la condition animale, l’autrice apporte à son lectorat une base introductive solide pour le lui permettre.
Le chapitre suivant se concentre pour sa part sur un sujet qui nous semble peu souvent abordé et pourtant presque crucial lorsqu’est souhaité la réalisation d’une étude « neutre », c’est un point particulièrement positif de l’ouvrage. En effet, elle y évoque les différents biais de pensée, la problématique de la preuve (un schéma très bien réalisé sur les niveaux de preuves est d’ailleurs présenté aux pages 68 et 69) mais encore le choix du discours (celui scientifique étant en principe plus neutre que le discours militant, engagé). Il s’agit donc ici d’un chapitre qui n’est in fine pas propre à la cause animale ou au droit des animaux mais qui, dès lors qu’une réflexion est portée sur un sujet donné, parait nécessaire à prendre en considération.
Le chapitre quatre est pour sa part consacré au lien unissant droit de l’environnement et cause animale en axant le développement sur l’élevage et la pêche et leurs conséquences pour notre planète et non uniquement pour les animaux concernés par ces modalités d’utilisation des êtres. Ces sujets, même s’ils sont plus connus car plus souvent abordés dans les différents médias au quotidien (exemple de la problématique des algues vertes) et les partis politiques (davantage écologistes), méritent toutefois leur place au sein de l’ouvrage car ils permettent de mettre en évidence le lien qui unit condition animale et condition finalement de tout être sur Terre et toute entité naturelle. Cela ouvre ainsi la réflexion du lecteur sur quelque chose de plus globale.
Enfin, le tout dernier chapitre attire l’attention sur quelques-uns des grands débats entourant la question de la cause animale et sur lesquels l’autrice s’exprime plus personnellement. Elle y évoque ainsi son sentiment quant à la vie en société en tant que personne ayant fait le choix d’un mode de vie vegan (qui engendre alors régulièrement des difficultés quotidienne même avec des proches malheureusement), sur les difficultés propres à la conciliation – à l’impossible conciliation parfois pourrait-on dire - entre engagement pour la cause animale et mode de vie de diverses populations (exemple ici pris des Inuit(e)s), ou bien encore sur les interrogations quant à la santé des personnes qui s’engagent dans un régime alimentaire en adéquation avec leur pensée relative à la condition animale. Il s’agit peut-être d’un chapitre essentiel car présentant les difficultés concrètes auxquelles pourront être confrontés les jeunes lecteurs qui envisageraient de s’orienter vers un mode de vie différent de celui qui parait aujourd’hui « classique ».
A travers son essai, l’autrice apporte ainsi des pistes de réflexion pour les adolescents curieux de ce qui a trait à la condition de l’animal de nos jours en lui apportant des bases de connaissances mais encore des éléments plus concrets qui attestent ce que cela représente de choisir et de s’engager dans un nouveau mode de vie davantage axé sur la considération d’autrui, des autres êtres animaux. En conclusion, La cause animale de Alexia RENARD est un livre à mettre entre toutes les jeunes mains tant dans un but purement informatif qu’à des fins d’engagements pour ceux qui le souhaiteraient.
- 1 Notion que l’autrice vient définir comme « un ensemble de personnes qui adhèrent à une idée ou à une cause et qui décident de la défendre publiquement (…). On peut aussi défendre une cause dans sa vie personnelle, en boycottant des produits ou en faisant du bénévolat ».
