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Jean-Pierre Marguénaud
UD
Agrégé de Droit privé et de Sciences criminelles
Université de Montpellier
Membre de l'Institut de Droit Européen des Droits de l'Homme (IDEDH)
1. Au milieu des terres céréalières du Vexin, dont la couleur est de plus en plus orangée sous l'effet des pesticides garants d'un bon rendement, se trouve le village de Thibivillers qui est un écrin de verdure. Unissant le sens du contraste au goût de la provocation, une chercheuse et un maire imaginatifs, Egle Barone Visigalli et Yannick Jubault, ont décidé d'y organiser le 27 septembre 2025 un… Green Festival.
2. Il faut saluer l'idée de mettre en place une manifestation de ce genre au cœur de la ruralité plutôt que dans un grand centre universitaire où les colloques se produisent à la chaîne et se déroulent devant un public blasé composé essentiellement d'étudiants et de doctorants tenus de s'y faire voir. Cependant, les promoteurs de cet événement atypique n'ont pas poussé la provocation jusqu'à retenir le sujet de la végétalisation urbaine. Pour leur coup d'essai, ils ont en effet préféré aborder dans un cadre rural un thème rural : « Les réseaux hommes, plantes et animaux en milieu rural ».
3. Ils ont admirablement réussi en surmontant les difficultés logistiques grâce à un supplément de cordialité et le défi intellectuel en mélangeant les genres, scientifique, juridique, littéraire et artistique pour déboucher sur un petit joyau de transversalité.
4. Puisque le colloque de Thibivillers était marqué du sceau de l'éclectisme, ses Actes avaient vocation à être publiés un peu partout ce qui les exposait au péril de ne l'être nulle part. Le risque était cependant très limité puisqu'il existait pour les accueillir la Revue semestrielle de droit animalier (RSDA). L'objet de cette Préface ne sera pas comme on pourrait s'y attendre de mettre en lumière l'apport académique des Actes du colloque – et de chacun de leurs contributeurs – sur « Le réseau hommes, plantes et animaux en milieu rural » mais, ce qui reviendra indirectement au même, à montrer pourquoi leur place dans un numéro de la RSDA était tout indiquée.
5. Dans l'avant-propos qui ouvre chaque numéro de la RSDA depuis sa création en 2009, il est affirmé qu'elle a pour ambition de combler l'absence de prise en compte de la gravité, de l'originalité et de la complexité des questions juridiques animalières et de contribuer à faire émerger ou évoluer les réponses qui leur conviennent. Cependant, il est instamment précisé qu'elle s'efforcera d'y parvenir en regroupant les forces des juristes de toutes les spécialités académiques mais aussi de philosophes et de scientifiques sans le soutien desquels la réflexion juridique s'épuiserait vite sur un pareil sujet. C'est dire que la RSDA œuvre depuis l'origine à l'émergence du droit animalier en l'inscrivant résolument dans une dynamique pluridisciplinaire. C'est ainsi que chaque numéro comprend un dossier thématique (expérimentation animale, corrida, végétarisme, abattage rituel, chasse, braconnage, parcs animaliers, espèces protégées, dé-extinction, laine, soin, sans oublier l'abeille, le loup, les poissons, le rat, le lapin, le chat, le cochon…) où sont systématiquement croisés les points de vue de juristes positivistes ou historiens et ceux de philosophes, économistes, sociologues, anthropologues, psychanalystes et psychologues, vétérinaires et médecins, archivistes…
6. Le colloque de Thibivillers qui a réuni un professeur de santé environnementale (Yorghos Remvikos), un médecin (Yannick Jubault), deux anthropologues (Egle Barone Visigalli et Alice Martret), un historien (Régis Verwimp) et un professeur de droit (improvisé préfacier), rejoints à l'écrit par une gestionnaire (l'émérite Annick Ancelin-Bourguignon) et un naturaliste diplômé de sciences géographiques (Éric Grosso), a donc la structure d'un dossier thématique hors-série sur un sujet d'intérêt environnemental et animalier intitulé « Le réseau hommes, plantes et animaux en milieu rural » singularisé par les contributions de deux artistes plasticiens (Prune Brenas et Dieudonné Fokou).
7. Inscrire les animaux dans le milieu rural, en réseau avec les hommes et les plantes, attire nécessairement l'attention sur la protection que le droit animalier doit apporter à ceux d'entre eux qui vivent à l'état de liberté naturelle. Ce ne sont ni les chiens, ni les chats, ni les chevaux ni les vaches qui ont eu la part belle à Thibivillers mais plus particulièrement les oiseaux qui, d'ailleurs, ont déjà fait l'objet d'un dossier thématique dans le numéro 2/2020 de la RSDA et, de manière plus inattendue, les requins et les tortues marines venus d'une ruralité ultramarine. C'est dire que les Actes du colloque né au cœur de la ruralité vexinoise, qui peuvent s'entendre comme un hymne à la ruralité universelle où s'entrecroisent au cœur de la nature plus ou moins préservée les liens les plus subtils entre les hommes et les animaux, ont un titre supplémentaire à prendre rang dans un numéro de la RSDA : ils mettent en relief les différents volets de la protection que le droit animalier peut offrir aux animaux sauvages vivant à l'état de liberté naturelle.
8. Comme le droit de l'environnement, il aide à les protéger en tant qu'espèces. D'une manière plus inédite qui lui permet de devenir une discipline autonome, il vise à les protéger en tant qu'individus sensibles en s'opposant, le cas échéant, à ceux qui raisonnent exclusivement en termes de préservation des équilibres naturels. Enfin, comme en Nouvelle-Calédonie, il peut essayer de les protéger en tant qu'animaux totémiques auxquels les arts graphiques ont rendu à Thibivillers un hommage remarqué.
9. Les Actes du colloque sur « Le réseau hommes, plantes et animaux en milieu rural » présentent donc un grand intérêt pour le droit animalier. Leur portée est cependant beaucoup plus générale. C'est la contribution conclusive d'Egle Barone Visigalli qui en persuadera le lecteur.
